Le Pêle-mêlisme (pêle mêle)

Historique

Le Pêle-mêlisme (puisqu’il faut lui donner un nom) est né au début des années 50 avec pour créateur Roberdhay. Mais il serait ardu d’en faire l’historique car il débute au commencement de la création des mondes, et là on ne peut comparer, définir ou déterminer, selon leur espèce et leur différence, les indéfinissables, l’Être et l’Essence étant identiques à ce niveau, un amalgame de figures qui entraîne leur effacement, leur suppression, leur assombrissement. Il faut donc se reporte à l’historiosophie des civilisations jusqu’à la nôtre dont on ne sait pas s’il faut la nommer d’occidentale tant est qu’elle embrasse toutes les révolutions culturelles. Mais au-dessus de toutes ces civilisations, disparues ou non, il y a un plus qu’il nous faut appréhender sinon découvrir.

1) Pêle-mêle

C’est le qualificatif donné à toute chose qui enferme des forces créatives, dont le but et la finalité en potentiel y sont intégrés mais ces forces ne sont pas encore extraites à l’effectif, capables d’imprimer un mouvement actif mais sans qu’elles aient encore trouvé les moyens d’une application définitive, conclusion de leurs manœuvres.

L’apparition de nouveaux moyens de reproduction et de transmission, de diffusion ou de conservation, sans toujours passer par l’intermédiaire  de la lettre, de l’écriture ou de la phonétique nous oblige à poser un regard différent, sinon nouveau sur cet objet fondamental de notre civilisation qu’est l’art : d’abord le livre, l’écrit, la toile, ensuite le web, la sculpture, le théâtre, le phonique, la télé, la radio, le cinoche, et j’en passe. Ce courant provient-il du désir de mieux observer la nature, comme le dit Spinoza, Deus sive Natura, Dieu c’est la nature, quelle erreur ! Mais plutôt en observant la nature, y découvrir Dieu incognito. C’est peut-être une réaction face aux contraintes des progrès fulgurants de la technologie et de la thérapie génique qui nous font perdre nos repères. Contempler alors les choses de l’esprit rassure ; la subtilité, la diversité infinie et l’ingéniosité de l’artiste subliment la morbidité du quotidien.

Il ne s’agit pas d’un mouvement qui nierait les apports de tous ses prédécesseurs, aussi bien sur le plan plastique et littéraire que toute autre dimension de la création humaine, mais il garde le respect de la chose ancienne qui sert le jugement et forme l’esprit critique. Comme tout mouvement cohérent, il transcende celui qui l’a découvert et s’applique à tous les moyens de communication, passés, présents et à venir. Voilà une pyramide montée de toutes les pièces des civilisations, des sociétés humaines, des groupements humains, des nations disparues ou à paraître et le pêle-mêlisme se pose tout en haut, tel l’oiseau qui plane dans les cieux immenses, attaché par un fil de soie ténu, tendu à l’infini, qui n’arrêterait jamais, en quoi que ce soit, son envolée.

Pour illustration, on peut s’imaginer le sommet d’un tétraèdre au centre de gravité opposé, passant par ce sommet mais non fixé à lui, un pendule effleure les points opposés de sa circonférence en les réunissant et en décrivant ses amples oscillations avec une isochrone majesté. Ce fil ténu est la communication d’une parole qui crie, dans une tempête de mots et de lettres, avant même l’existence des mots et des lettres, un maelström de paroles et d’idées, un art nouveau maintenant : pour une esthétique du pêle-mêle! Mais qui décide de la frontière entre l’esthétique et l’éthique? Le beau et le bon, le kallos kagatos des anciens grecs ne doivent-ils pas enfin s’unifier pour annoncer la symphonie des lendemains qui chantent ?

2) Unité des moyens d’expression

Pêle-mêle : c’est une humanité où la vie spirituelle, à son plus haut niveau d’authenticité et d’universalité, s’étend cependant selon une différenciation inscrite, scripturaire, de toutes les catégories d’étude des sciences humaines qui montent à l’unisson, comme l’attachement des cahiers cousus d’un unique livre.

Afin de rétablir l’équilibre entre les opposés, de coordonner les modalités différentes de la sensation, d’accorder nos violons face aux contrastes, nous avons le pêle-mêlisme où l’intégration sensorielle capte les incompatibles et les convertit en éléments digestes pour lui, en composantes aptes à fournir une mobilité vivante, toi, tu, moi, je, il, lui.

Ce mécanisme de la manducation n’est pas nouveau, aussi bien dans la constitution de l’être biologique vivant que pour l’établissement de la spirale de la réflexion de l’être artistique, depuis le biogénétique jusqu’au spirituel en passant par le mental et le psychologique. En effet, le dernier mouvement apparu du latent au patent, artistique ou philosophique, littéraire ou politique, né d’une révolution ou de la disparition du précédent, n’est que le résultat d’une digestion, certes difficile et laborieuse, mais réussie, en tout cas de meilleure qualité, des expériences et des phénomènes qui semblaient à l’origine antinomiques et même ennemis.

Celui qui est passé par cette épreuve d’unifier en soi des manières d’être diamétralement opposées se sent envahir, – la conquête des antithèses ne faisant plus qu’un avec sa personnalité, – d’une jubilation qui pousse à parler, à écrire, à créer l’objet de l’art ou celui de la conscience. Cette symphonie qui unifie les harmoniques précédentes procure la joie vivante.

3) Impulsion initiale

C’est du pêle-mêle des origines qu’il s’agit, et ce pêle-mêle n’est nullement un chaos ou un désordre mais une pérennité occultée non encore divulguée, cachée, en instance d’être découverte, mise en réserve, d’une force créatrice initiale qui émane d’un monde antérieur. Nous savons bien que lire, écrire, c’est d’abord regarder ; nous savons bien que parler, dicter, c’est d’abord écouter puis transmettre ; mais nous sommes contraints de traverser immédiatement l’aspect visuel ou acoustique pour ne nous intéresser qu’au sens. Du moins qu’à l’infime partie du sens que nous parvenons à discerner dans notre hâte d’arriver à dégager notre appréhension, notre saisissement de l’insaisissable. La finalité est le sens dégagé, tout le reste n’est que commentaire.

Pêle-mêle, c’est un monde d’idées et de pensées mises en réserve dont on a seulement l’intuition, des lumières étincelantes dont on n’a même pas l’intuition, différentes de l’obscurité de la conscience, mais dont la différenciation n’a pas encore été établie. Et le mélange de toutes ces catégories et de toutes leurs relations réclame un discernement et une identification. De ce fait, tout ce monde dissimulé à l’entendement, tout cet imbroglio qui n’a pas fait œuvre d’expérimentation, de reconnaissance de la souveraineté de l’intellect actif, afin d’éradiquer les coins et les recoins obscurs et abjects des fausses croyances qui viennent du chaos des mondes, tout cela est pour nous un tohu-bohu, un décousu, un mélange impromptu, un désordre non mûri. Mais ce désordre n’est-il pas un effet de l’art, de la création biblique des origines virginales des mondes ?

Il y a un projet incognito derrière la matière qui lui fournit son existence, un principe spirituel immortel conçu comme séparable du corps, qui vient des hauteurs, un peu comme le concept de Platon dans Phédon. Et là-haut, cette ‘âme divine’ s’imprègne de sagesse. Toute chose nouvelle que l’homme apprend dans ce monde, ou bien qu’il créât, qu’il écrive, qu’il dise, qu’il imprimât, qu’il interprétât, n’est que la réminiscence de ce que son âme a appris des hauteurs. Mais dans les hauteurs, tout n’est encore qu’embryonnaire, il n’y a pas d’empirisme, pas de relation, pas d’acoustique, pas de jugement, pas d’ordonnancement chronologique, il n’y a pas tout court mais tout y est en potentiel. Peut-être sortis des hauteurs, il y a ex nihilo à partir de rien ou alors ex nihilo nihil, à partir de rien il n’y a rien, mais ce rien est déjà quelque chose, il est tout. N’y a-t-il alors que des idéogrammes lyriques, des chants venus de loin, portés par des vents spirituels, des calligraphies abstraites qui n’ont pas encore données de formes à toutes les naissances possibles, des lettrines, des paraphes, des pancartes indicatrices de directions possibles mais non obligatoires, transitoires mais nécessaires.

L’organisme inerte impersonnel exige un processus vital, il se structure dès lors à partir de tout ce qui n’est pas ‘organisation de l’être biologique’ ou bien ‘agencement de la vie végétative’, à partir de la vie de l’esprit, de la vie de l’âme qui précède tout. Il ne se polarise plus sur l’impersonnel qui a ses limites restrictives mais il a faim d’un projet d’histoire du visage humain, d’un engendrement de la personne, il a besoin d’un sujet, du sujet des mondes. Ce sujet des mondes est la référence à l’unité originelle de toute créature, sa métropole d’origine qui lui a insufflé l’impulsion initiale.

4) Derrière la façade

Derrière, à l’intérieur même des lois impersonnelles de la nature, est cachée une volonté supérieure, unique, qui régit toutes les lois et les jugements : c’est le sujet des mondes, le personnel, libre par excellence qui donne l’Être à tout être dans son geste de moralité, d’amour vrai. Ouvre les yeux, homme, écoute la parole qui s’adresse à toi par l’intermédiaire de toute création, de tout l’il y a. Le primat de la personne et de la moralité est reflété dans tout l’univers.

L’art c’est avant tout la personne, et la matière, ou la nature, n’en est que le moyen d’expression. Le pêle-mêlisme regroupe toutes les expressions d’art puisqu’il prône l’antériorité de l’expression, le primat de la parole.

Inutile de vous inscrire au mouvement pêle-mêliste, vous en faîtes déjà partie, depuis votre naissance, avant même votre naissance. Tous les courants, tous les artistes y ont participé, y participent encore, peu importe dans quel tiroir d’-isme les a-t-on enfermés. Nous sommes tous de sérieux pêle-mêlistes, c’est le cœur même de la question, au bout du compte, elle est universelle. Le cœur qui bat pour ce monde nous oblige à abandonner la région ici-bas pour aller créer dans une région au-delà, construire de l’autre côté en faisant abstraction de la contingence. Abstraction lyrique, chant des Lévites, sons des trompettes et de l’harpe.

Là, il nous faut de toute manière citer Rimbaud : « Je finis par trouver sacré le ‘désordre’ de mon esprit – attestant le sacré de la vie quotidienne. » La vie quotidienne, au diapason de la Raison et de la Loi, est sacrée car elle jugule le désordre de mon esprit turbulent et chaotique jusqu’à ce qu’il accouche d’une œuvre communicable à autrui. Tout ce qui n’est pas transmissible ou communicable fait partie de l’obscurité. Objectivement, l’obscurité est bonne puisqu’elle indique la lumière, et c’est à partir de l’obscurité que l’on peut définir la lumière. En serrant très fort les paupières, on voit des lumières. L’obscurité du désordre précède la lumière de l’ordonnancement, petit à petit, de la création.

Ce n’est pas une parole en l’air, ce n’est pas qu’un symbole, cette révélation d’un art nouveau maintenant s’exprime par des sensations physiologiques, viscérales, mais aussi par une réflexion sur la réflexion, qui déclenchent l’action rageuse des pinceaux sur la matière, l’envol des couleurs et des formes ainsi que la trépidation des doigts sur les touches du clavier d’ordinateur.

Dès lors, on s’explique, on formule, on s’interroge, on communique entre hommes, de puissance à puissance. Est-ce de l’inspiration (c’est trop haut), de la prophétie (c’est aléatoire), peut-être est-ce un trait d’union en accord au souffle qui fait notre monde? Certes, ce Souffle indique des repères, affermit le sens de l’existence et des conquêtes à venir, en devenir.

La parole de l’écrivain ainsi que l’œuvre de l’artiste, toute la cybernétique, de la radio au cinéma, de l’internet à l’enregistrement, tous les moyens de conserver et diffuser le langage et l’histoire, finalement forment un tout qui transcende la personne qui les conçoit. L’esprit, le vent, le souffle, pneumatiques, tout autant que la parole, parfois rationnelle souvent irrationnelle, provoquent, sans doute, des altérations psychiques concrètes. Et l’on devient fou de la parole comme on l’est de l’esprit et de l’art. L’écriture, l’art, proviennent de l’esprit, du vent dont la force empoignante vient d’un autrefois. Ce sont des images certes typographiques et le problème de leurs rapports avec les autres types de la conscience est aussi ancien qu’eux-mêmes, avant même leur apparition à la lumière de ce monde.

On lit et relit ses écrits comme un amoureux transi est obnubilé par sa mignonne allons voir si la rose est éclose. On trace de ses pinceaux la toile vierge, on la transgresse pour découvrir une révélation picturale, très proche de la parole, et l’on s’émerveille de l’élixir de vie qui est apparu devant nos yeux éberlués : la toile recouverte n’est jamais terminée, l’œuvre n’est jamais parfaite, elle réclame des retouches comme la parole réclame la personne qui va la réciter, la divulguer et sans doute, l’écrire. Si l’oeuvre est peinte sur papier ou sur jute, elle insiste pour être marouflée sur toile de lin, elle a une vie qui lui est propre et elle réclame d’advenir à son aboutissement comme attirée par un but et une finalité.

Paul Klee note : « La couleur me possède. Point n’est besoin de chercher à la saisir. Elle me possède, je le sais. Voilà le sens  du moment heureux: la couleur et moi sommes un. Je suis peintre. »

 

5) Le temps de création

Pêle-mêle…c’est l’heure zéro du geste de création mais auparavant, toutes les contingences, tous les bouleversements historiques, toutes les situations, tous les développements, toutes les implications, toutes les générations, y ont contribué.

Comme la parole, l’écrit et le geste confèrent à l’expérience humaine des aspects que l’intelligence rationnelle qualifierait volontiers de pathologiques. Jusque dans ses manifestations-limite, la parole du souffle, ou vent pneumatique, à l’égal de l’esprit scripturaire, ou scriptural, au choix, est pathétique. Tout cela crée des émotions intenses, si claires et vives, d’une contemporanéité constante. Quel artiste peut-il supporter longtemps une si terrible épreuve sans ambiguïté. Est-ce de l’esprit? Est-ce du vent? Est-ce de l’imagination en pure perte? Est-ce de l’ignoble magie? Est-ce vrai? Comment décrire sur la toile ce que l’artiste ressent? Idée baudelairienne de correspondance des arts et concordance de la peinture, de la musique, de la couleur, des idées, des techniques mixtes, superpositions de medium, strates de plans simultanés, structures organisées ou coagulations en folie.

La phagocytose, – moyen de défense mais de destruction, – des organismes vivants, des idées, des tabous, des –ismes de tous bords, des civilisations dépassées, va-t-elle me faire déboucher sur une création sublimée qui dépasse tout ce qu’il y a pu se faire jusqu’à maintenant ?

La logophagie des mots bouleversés et des lettres endolories, des lettrines écrasées, des graphies à l’agonie, des paroles écrites à faire fendre les rochers, débouchera-t-elle sur une création arrangée qui les dépasse ? Oui, c’est le défi de l’artiste, du gant relevé par lui, qui accepte la lutte avec les éléments et non contre eux, avec ses prédécesseurs sans les annuler, les démentir ou les faire rougir mais il va s’en servir, ouvriers dociles au service de la création par lui renouvelée de sens et de conscience, d’existence.

A l’intérieur même de son cerveau de chair et de sang, l’esprit travaille l’artiste et l’accapare en entier. Il se saisit de ses capacités et le met en son pouvoir, le séduit et le pulvérise, il n’a plus de libre arbitre si ce n’est de se mettre à son service. La parole, qui revient en boucle dans sa tête, la voix de sa conscience dictée d’en-haut, fait voler en éclats l’âme de l’artiste, se répercute dans sa personne comme un feu dévorant et tiraillant. Sa tranquillité est déchirée par un lionceau qui gronde dans sa caverne, indiquant qu’il tient désormais sa proie dans son empoigne puissante. Malgré son caractère terrifiant, la parole comme le geste pictural, est source d’exaltation, de joie. La bivalence typique du numineux, du lumineux absolu, est valable pour la parole, le Logos, autant que pour l’esprit de création. L’artiste éprouve une joie ineffable à sa présence et une tristesse à ne pouvoir y accéder d’emblée.

Par l’esprit, entraîné autant par son intelligence émotionnelle que poussé par son intégration sensorielle, l’artiste a des découvertes surprenantes, il ne s’y attendait pas. A tout artiste, pour peu qu’il soit sincère et innocent, entier avec lui-même, des inspirations d’une vertigineuse cohérence se cristallisent dans son cerveau, sans aucun ordre systématique. Un tourbillon ahurissant d’images et d’idées, de figures et de formes, fruits de l’imagination et des circonstances, du rêve et de l’environnement éveillé, de la vérité et de la réalité, d’une nouveauté toute simple, et sans aucune raison apparente, tout se bouscule dans son cerveau et dans sa création à qui il faut donner pourtant une forme communicable à autrui.

Alors, le discernement intervient, il éclaircit et coordonne la classification des idées et des images, par ordre d’importance, par analogies corrélatives et limitrophes, par une hiérarchie intellectuelle et une architecture inscrite dans l’ordonnancement des mondes. Les informations, au sens philosophique d’octroi d’une forme, se regroupent selon leurs espèces et leurs embranchements, selon leur lien de causalité, par téléologie mais indirectement selon le déroulement causal, par vertus opposées mais complémentaires, en réconciliant les éléments brutalement éparses à première vue, en collaboration étroite, en symbiose avec l’intellect et le sentiment, l’acte et la matière, l’éternité et l’instant. Tout est dissemblable et pourtant similaire, tout est effrité dans les volontés contraires, les différentes conceptions des mondes et des choses. Pourtant tout fait partie de la même perspective qui se rétablit s’affine, de la même profondeur qui s’élargit et seulement en vertu du principe d’enchaînement et des causes intermédiaires ainsi que des événements contingents, naturels ou historiques.

6) La rencontre des visages

Et l’artiste est préférable au politique, l’écrivain est préférable au critique, le sage qui lime son cerveau à autrui durant toute sa vie est préférable au prophète. Car les gladiateurs se provoquent et se mettent inutilement en danger jusqu’à ce que mort s’ensuive, à Dieu ne plaise, mais les vaillants sont ceux qui triomphent dans la lutte des guerres fraternelles, ensemble, en réconciliant les contraires, en sublimant le penchant à la destruction gratuite pour la construction d’une meilleure humanité. Le sage extrait la substantifique moelle de son intellect pour donner des solutions pacifiques et il est préférable en cela au prophète qui est saisi sans possibilité de se défiler par une force incommensurablement supérieure, annulant son libre arbitre.

Nous sommes les Mousquetaires de l’art, les Alexandres du pêle-mêlisme, les accoucheurs des lumières du tohou-vabohou, ces mondes indéterminés avant leur formulation définie et définitive. Le tohu-bohu est un monde où toute logique se met en porte-à-faux avec sa compagne, où toute société d’hommes persécute sa semblable, où chaque homme s’enorgueillit : moi je suis le Maître et personne d’autre. Loin de nous les différences oppositionnelles qui causent l’éloignement des prochains, chaque individu empêchant l’épanouissement d’autrui. Voici la vérité : moi c’est lui, le prochain est un autre moi-même. C’est un ancien verset écrit dans le Lévitique du Pentateuque : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Nous devons tous arriver en même temps à la ligne d’arrivée : le pêle-mêlisme est une espérance.

L’œuvre de Roberdhay est proposée et non imposée, c’est un pêle-mêliste avant même d’en avoir trouvé le mot, d’avoir écrit ce qu’il en pense, ce que devrait être une œuvre dite pêle-mêle. Ce n’est pas une effervescence désordonnée, c’est l’art des retrouvailles, des visages qui se rencontrent dans le même haut-lieu de l’art, avec le sourire émerveillé des enfants qui partagent la même émotion, la même joie intellectuelle, regardant vers un but mutuel : réussir ensemble, tous ensemble, tous pour un, un pour tous, la personne humaine.